Quels sont les chantiers qui attendent Jean Castex ?

Alors que ce lundi doit se faire, selon les sources de l’accord, le conseil d’administration pour entériner l’arrivée de Jean Castex à la tête de la RATP, 20 minutes se penche sur les chantiers qui attendent le nouveau patron de l’opérateur de transport.

Éliminer les soldats, empêcher la fuite des ouvriers

On sait désormais que la RATP n’est pas en forme. Depuis des mois, elle peine à embaucher et même à retenir ses salariés, qui fuient l’entreprise. Plusieurs raisons à cela, estime Grégoire de Lasteyrie, vice-président d’Ile-de-France Mobilités (IDFM), client de la RATP : “les managers ont reçu peu de formation pendant le Covid-19”, et ils doivent monter en puissance. De plus, et quand le problème de santé a aussi changé les cartes d’un point de vue social, “les autres métiers ne sont pas attractifs”, car il faut se lever parfois très tôt, travailler à horaires fixes, parfois le week-end… Enfin, La situation du travail des chauffeurs de bus s’est renforcée en août, lorsque le temps de travail a augmenté de 50 minutes par jour.

Jean Castex devra arrêter de saigner. Comme le résume Fabien Guillaud-Bataille, conseiller de gauche de la région Ile-de-France et qui siège au conseil d’administration de l’IDFM : « M. Castex est envoyé à la barre d’un navire au milieu d’une tempête et qui peut, si rien n’est fait rapidement, sombrer. Il doit voir dans quel état le navire a été laissé. La RATP a subi la pression des lois de privatisation et des objectifs de la concurrence. Castex aura ce bateau ivre. Il devra continuer à courir des bus avec des gens qui savent qu’ils vont signer des contrats de droit privé, ce qui explique une grande partie des abandons de postes et des démissions. »

Afin d’éviter le chaos, les syndicats réclament une augmentation des salaires. Trois cents euros réels par mois, pour Solidaires RATP, et « retour aux conditions de travail avant août ». Que va faire Jean Castex ? Va-t-il être le prestigieux VRP de la RATP, et demander au Gouvernement une prolongation ? Ou au contraire, sera-t-il celui qui supervisera la réforme ? La question préoccupe les syndicats. “C’est lui qui a signé l’été dernier l’arrêté qui a détruit l’environnement de travail des techniciens”, explique Jean-Christophe Delprat, secrétaire fédéral Transport Logistique FO. Lors de son audition au Sénat mardi, Jean Castex a assuré que les ressources humaines sont “le premier sujet sur la table” et qu’il était prêt à poursuivre les négociations annuelles obligatoires.

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Restituer l’offre de transport adaptée aux besoins des Franciliens

La question de l’offre de transport est directement liée à la question précédente : s’il est difficile de louer, il est difficile d’augmenter le niveau des bus et du métro, surtout quand Valérie Pécresse n’a demandé que “100% de retour de” donnant [d’avant Covid-19] Dès que possible ». Or, la situation est actuellement très difficile pour les usagers. Comme le résume David Belliard, élu EELV et adjoint à la maire de Paris chargé des transports, « nous avons de sérieux problèmes pour répondre aux attentes des usagers avec de longs délais d’attente ». “.

Pour restituer l’offre de voyage révisée, Jean Castex aura aussi besoin d’argent. Son principal sponsor, IDFM, est dans une situation difficile, depuis la crise du Covid-19 notamment, durant laquelle les Franciliens ont cessé de voyager. « Nous sommes trop endettés, explique Valérie Pécresse, sa présidente, pour 20 minutes. Il y a eu une crise en Ukraine, de l’inflation, et bêtement j’électricité tous les transports pour faire du vert et je prends le prix de l’électricité qui a doublé. Je n’ai plus d’argent. Je me bats pour de nouvelles recettes. Dans une telle situation, le président de la région Ile-de-France serait reconnaissant d’être à la tête de son opérateur principal quelqu’un qui puisse l’aider à obtenir des financements publics ou privés.

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Et Jean Castex semble très bien placé. “Il a le poids nécessaire pour obtenir le règlement nécessaire de Bercy, et on sait que le financement est la pierre angulaire”, résume le sénateur Philippe Tabarot, qui était journaliste lors de son audition au Sénat. “Nous attendons de lui qu’il use de son autorité face à Bercy, pour assouplir les restrictions financières, et en réponse aux souhaits de l’IDFM”, renchérit Bertrand Hammache, secrétaire général de la CGT-RATP.

Gérer l’ouverture du concours

Enfin, le troisième grand chantier qui attend le prochain président de la RATP, l’éléphant au milieu de la salle, c’est l’ouverture du concours. A gauche, nombreux sont ceux qui souhaiteraient que Jean Castex revienne dans ce concours, considéré comme responsable de tous les problèmes, ou du moins qu’il l’arrête. “La RATP et l’IDFM ne sont pas prêtes. Et ce n’est pas la responsabilité de l’Europe », estime Yohann Rispal, directeur de cabinet du groupe Gauche communiste écologiste et citoyen du conseil régional. A droite, Grégoire de Lasteyrie estime que « la concurrence a parfois de bons résultats » et qu’elle permet à la RATP de d’autre part « cherche des marchés en Ile-de-France où Transdev ou Keolis sont présents. La RATP y trouve aussi son compte. »

Les rumeurs abondent quant à ce qu’aurait pu faire Jean Castex. D’autant que pour son débat du 18 octobre, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a redistribué les cartes. Elle indique qu’« il apparaît nécessaire, dans le cadre de la mise en œuvre de l’ouverture des transports publics à la concurrence en Île-de-France, de contrôler la relation professionnelle de M. Castex pour prévenir tout risque de remise en cause de l’indépendance et de la neutralité de l’administration”. Dès lors, l’impossibilité de communiquer, jusqu’à la fin du triennat, avec « les membres du gouvernement en place qui en étaient aussi membres lorsqu’il était Premier ministre », ainsi que « les services qui étaient placés sous son autorité ».

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Bertrand Hammache, secrétaire général de la CGT-RATP, y voit, même s’il n’y croit pas tout à fait, le report voire l’annulation de l’ouverture du concours car “en l’occurrence, la question du conflit d’intérêts”. les restrictions de la HATVP ne se posent plus ». Alors il s’interroge bien : « Jean Castex arrive-t-il à la tête de la RATP pour accélérer l’ouverture du concours ou son retour ? »

Pour défaire tous ces dossiers, Jean Castex part avec une bonne priorité, y compris certains de ses adversaires. “C’est une personne qui a un carnet d’adresses et une bonne connaissance de la compagnie ferroviaire. Nous sommes prêts à travailler avec lui”, déclare sans hésiter Yohann Rispal. “En tant que président de la RATP, je pense qu’il sera un défenseur des transports en commun”, assure Valérie Pécresse. Et même dans le cas de la CGT, on lâche : « Au moins on obtient la RATP de l’État, du conseil régional et pas des grandes écoles de commerce. Après les mercenaires, on a un fonctionnaire. »

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