Interview. Condamné pour 4 meurtres, Dany Leprince au Mans pour la sortie de son livre

Dany Leprince Thorigné sur le quadruple meurtre d'un frère, belle-sœur, nièce
Dany Leprince est le co-auteur de “Ils ont volé ma vie”, aux éditions Flammarion. Un livre dans lequel il présente SA version des faits sur le quadruple meurtre du frère Christian, de la belle-sœur Brigitte et des nièces Sandra et Audrey le 4 septembre 1994 à Thorigné-sur-Dué. ©Carine ROBINAULT

A Dollon, dans la maison ayant appartenu à sa grand-mère, où il venait souvent jouer avec son frère Christian, Dany Leprince, reconnu coupable du quadruple meurtre de Christian, sa femme Brigitte et deux de leurs trois filles, Sandra (10 ans) et Audrey (6 ans) se confie sur une “machination judiciaire”, un “complot”, dont il se dit victime.

Libre physiquement, mais aussi libre de parler, il revient sur son enfance, sa vie de jeune homme, puis sur la soirée du 4 septembre 1994, procès, condamnation, prison à vie depuis 1997 – il restera incarcéré pendant 18 ans – mais aussi sa nouvelle vie, avec sa femme Anie. Tout ce qu’on retrouve dans son livre “Ils ont volé ma vie”, paru ce mercredi 16 novembre 2022, aux Editions Flammarion, et qu’il présentera ce soir à la librairie Doucet au Mans.

L’Echo Sarthois : Pourquoi ce livre ?

Dany Leprince : Je veux la libération et l’arrestation des assassins de ma famille. L’essentiel du travail revient à Bernard Nicolas. J’ai donné la chose. Et cela ne manque pas. Je parle des nombreuses erreurs judiciaires dont je suis victime. Je n’ai rien inventé. Nous avons également repris des éléments du dossier. J’ai été condamné par des jurés qui ne connaissaient pas l’affaire. Qui ne condamnaient que ce qu’on leur lisait. Je voulais faire connaître ma situation et montrer comment fonctionne la justice. Ce qui était alors possible ne le serait plus aujourd’hui.

Insinuez-vous que vous ne seriez pas jugé aujourd’hui ?

Ensuite, j’ai été condamné par une intime conviction. Je ne le serais pas aujourd’hui.

« Ils ont volé ma vie » commence par votre enfance, comment était-ce ?

Heureux. Comme dans les années 60, on s’amusait avec les petites choses. Planches, marteau. Pour Noël nous avons mangé une orange, un morceau de chocolat et parfois des pâtes de fruits. J’étais très souvent avec Christian puisqu’ils n’avaient que trois ans d’écart.

Lire Aussi :  Quiz Cinéma : dans quel film boit-on cette coupe de champagne ? - Actus Ciné

Enfance heureuse

Quel genre d’enfant étiez-vous ?

J’étais timide, calme. Je n’ai jamais fait de bruit. Père a dit que tu pouvais me mettre dans un coin, je n’ai pas bougé. J’adorais le football et je n’étais pas mal à l’école. Après deux ans de lycée agricole, je suis allé travailler dans des exploitations agricoles. De retour à Thorigné-sur-Dué en 1977, j’ai intégré la Socopa. Avant, en l’an 76, j’avais épousé Martine, mon ex-femme.

Le matin de la découverte, “Je ne pouvais pas sortir de la voiture”

Vie banale, en somme, jusqu’au 5 septembre 1994, date à laquelle quatre cadavres ont été découverts dans la maison de votre frère Kristijan, voisine de la vôtre. Pouvez-vous nous rappeler ce dont vous vous souvenez de cette nuit ?

Je suis arrivé à la maison vers 21h20 le 4 septembre, en revenant de la ferme où j’ai rempli la bouilloire. Un silence de mort régnait dans la maison. Aucune de mes filles (Dany Leprince en a trois, qu’il n’a pas revu depuis l’incident, par exemple) n’était là. Seule ma femme était là, les cheveux mouillés, regardant la télé, faisant des affaires en ville. J’ai mangé en bout de table. Mes chiens n’étaient pas là. Puis je suis allé me ​​coucher. J’ai éteint la télé à 21h54. Je ne sais pas si ma femme est venue dormir. Je me suis levé à 2h30 du matin pour aller travailler à la Socopa. Et mon ex-femme m’a appelé vers 9h30 du matin pour me dire qu’il s’était passé quelque chose de grave. J’ai nommé toutes mes filles, mais elle m’a dit que c’était mon frère. Quand je suis arrivé, j’ai dit au pompier, mon frère est mort ? Il a répondu, oh non, mais ils sont tous morts là-bas. Je ne pouvais pas sortir de la voiture.

Lire Aussi :  L'humoriste américaine Kathy Griffin bannie de Twitter après avoir parodié le compte d'Elon Musk
Vidéos : actuellement sur Act

Alors, nous autres, nous le savons, vous serez suspectés. fortement. Jusqu’à ta confession du meurtre de Christian.

Aveux forcés. Et c’est pour un frère, pas pour quatre. Et pour lequel je me retire quelques jours plus tard. J’ai craqué à la 46ème heure de garde à vue car j’ai entendu ma fille Célie pleurer. Mais beaucoup plus tard, j’ai découvert que ce n’était pas elle, la voix de femme que j’ai entendue était celle d’un gendarme. C’était fait exprès pour me mettre en colère. C’est comme si tout était prévu avec la petite Solène (sa nièce survivante, qui avait 26 mois au moment du drame, selon la rédaction).

J’ai été victime d’un complot

Selon vous, l’enquête n’a pas été bien menée ?

Elle était peu éduquée. Et consciemment. Ils m’ont jugé parce qu’à l’époque il y avait une culture de la confession. Mais mes aveux ne correspondent pas non plus aux faits. Le secret de l’enquête n’a jamais été aussi bien gardé et pour cause il n’y a aucune preuve matérielle contre moi. L’enquête n’est pas mauvaise car elle a été menée par des incompétents, c’est juste une arnaque.

En voulez-vous aux gendarmes et aux juges de l’époque ?

Ce livre n’est pas une vengeance. Mais je blâme les gendarmes de l’époque, le juge Brunetière qui était le meilleur avocat de mon ex, le procureur Mince, mais aussi les journalistes. Le fameux couteau jaune retrouvé, il y avait l’ADN de Martina et ma petite nièce Audrey dessus. L’autopsie n’a révélé que des blessures au bloc de boucher et n’a pas répertorié une seule blessure par arme blanche. Le couteau retrouvé dans la carrière de Beillé, bien que marqué du nom de Leprince, les enquêteurs n’ont pas jugé opportun de le rattacher à l’affaire car cela les gênait J’étais victime d’un complot. Ils se sont moqués de moi alors, mais quinze ans plus tard on découvre des choses.

Lire Aussi :  En s'attaquant à des œuvres célèbres, les activistes cherchent «l'efficacité du geste»

“Même le bon Dieu n’a pas pu me sauver”

L’heure du procès arrive, fin 1997. Vous serez condamné à la prison à vie, avec une peine de sûreté de 22 ans. Ensuite, ils vous ont reproché de ne pas vous être défendu devant le tribunal.

Le verdict de rejet lu aux jurés était un enchevêtrement de mensonges. On leur a dit que Dany Leprince était connu pour avoir avoué quatre meurtres. Ils n’ont qu’à me condamner. Mais il n’y a pas une seule empreinte de moi sur les lieux du crime. Je suis condamné par le témoignage de l’assassin car de l’autre côté se trouvent les empreintes digitales des autres ! Je savais que j’étais pré-jugé. Même le Bon Dieu n’a pas pu me sauver. Je savais d’avance que j’étais mort. J’ai été condamné avant le procès. D’ailleurs, en 2010, le procureur général près la Cour de cassation constate toutes les lacunes de l’enquête. Il les a condamnés, mais personne ne l’a suivi. Et je suis retourné en prison.

Une deuxième demande de révision a été déposée aujourd’hui, à partir de mars 2021, où en sommes-nous ? Savez-vous qui est/sont le(s) auteur(s) du quadruple meurtre ?

La justice fait son travail. Je n’en dirai pas plus. Tout comme je ne dirai pas qui je soupçonne. Mais ceux qui ont lu le livre peuvent comprendre. L’enquête est en cours.

“Solena, on se voit, on communique”

Comment est ta vie aujourd’hui ? Vous voyez Solène ?

Je profite de chaque instant, avec ma femme Anie, à Marmande, dans notre maison, au milieu du village. Je m’occupe de l’entretien du parc, des extérieurs. Chez nous c’est rudimentaire, on n’est pas lié aux choses matérielles, on s’en fout. Ce que nous voulons, c’est être ensemble. Quant à Solène, on se voit, on communique.

Envisagez-vous de revenir un jour dans la Sarthe ?

Pourquoi pas, on ne ferme pas la porte.

Sarthois, en rencontrerez-vous quelques-uns, ce mercredi 16 novembre à la librairie Doucet au Mans ?

On a postulé à la librairie au culot, Anie et moi. Ils ont accepté de me voir en premier. Mais surtout, avec ce livre, je veux que les Leprechauns retrouvent leur honneur, nous nous sommes sali depuis trois décennies.

Rencontre avec Dany Leprince à la librairie Doucet, 66 avenue du Général de Gaulle, au Mans, ce mercredi 16 novembre 2022 à 18h, pour son livre “Ils ont volé ma vie”.

Cet article vous a-t-il été utile ? Sachez que vous pouvez suivre L’Écho Sarthois dans la rubrique Mes actualités. En un clic, après inscription, vous retrouverez toutes les actualités de vos villes et marques préférées.



Source

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Articles Liés

Back to top button